Vous êtes abonné

Première visite ?

Inscrivez-vous
Imprimer Envoyer par mail Commenter

L’Assemblée nationale fait marche arrière

Biocarburants - L’Assemblée nationale fait marche arrière
Les députés ont finalement maintenu l’exclusion de l’huile de palme de la liste des produits bénéficiant d’un avantage fiscal pour leur incorporation aux biocarburants. © Pixabay

Alors que le gouvernement était en faveur de l’incorporation d’huile de palme, sa majorité l’a déjugé. Total pleure la perte d’un avantage fiscal.

Après le tollé suscité par un vote favorisant l’huile de palme, l’Assemblée nationale a fait marche arrière vendredi soir en maintenant son exclusion de la liste des biocarburants qui bénéficient d’un avantage fiscal. Contre l’avis du gouvernement, les députés ont annulé à une écrasante majorité (58 à 2) lors d’une nouvelle délibération, les effets du vote litigieux de la veille.

Contre l’avis du gouvernement

L’Assemblée avait voté à toute vitesse jeudi, avec l’aval du gouvernement, un amendement prévoyant le report à 2026 de l’exclusion de l’huile de palme de la liste des biocarburants.

L’adoption de cet amendement a surpris, puisque l’Assemblée avait justement voté l’an dernier l’exclusion de l’huile de palme de ce régime fiscal favorable. Le groupe Total avait tenté un recours, mais le Conseil constitutionnel l’avait débouté.

Confronté à un tollé des écologistes et à l’embarras de sa majorité, le Premier ministre Édouard Philippe est monté en personne au créneau vendredi pour réclamer un second vote, « constatant l’absence d’un débat suffisant sur un sujet aussi important », même si le gouvernement était favorable à l’amendement.

« Lobbying éhonté » de Total

Le gouvernement, qui a fait de l’écologie une de ses grandes priorités, est resté vendredi sur sa position en appelant une nouvelle fois à voter en faveur de l’amendement. Mais il a été déjugé par sa propre majorité.

« Cette niche fiscale est complice d’un écocide, on ne peut pas soutenir ça », a fustigé l’ancienne ministre de l’Environnement Delphine Batho, alertant sur la disparition des orangs-outans. D’autres députés ont dénoncé « un vote en catimini » jeudi.

Le vote de jeudi avait été immédiatement dénoncé par les associations écologistes comme le résultat d’un « lobbying éhonté » de Total, qui a entamé au début de juillet l’exploitation d’une raffinerie d’agrocarburants à La Mède, près de Marseille (sud-est).

Le site, qui emploie 250 personnes, a prévu de traiter 650 000 tonnes d’huiles et de graisses par an et de s’approvisionner en huile de palme « durable et certifiée » à hauteur de 300 000 tonnes au maximum, selon le groupe pétrolier.

Chantage à l’emploi

L’utilisation massive d’huile de palme dans l’industrie, des carburants aux cosmétiques en passant par l’alimentation, est accusée par les défenseurs de l’environnement de provoquer une déforestation massive et une menace sur la biodiversité des forêts tropicales mondiales.

Fin octobre, le PDG de Total Patrick Pouyanné avait plaidé sa cause en demandant « juste à être au même niveau de compétition que nos concurrents européens qui, contrairement à nous, bénéficient d’un avantage fiscal jusqu’en 2030 ».

Côté écologistes, l’association France nature Environnement (FNE) a dénoncé « un chantage à l’emploi mené par Total autour de l’usine de la Mède, usine dont la légalité est débattue en justice à la suite d’une plainte ».

Désastre environnemental

Et de dénoncer un « désastre environnemental » causé, selon elle, par la production extensive d’huile de palme : « Chaque jour, des milliers d’hectares sont brûlés pour faire pousser ces palmiers, déforestant une grande partie de l’Asie du Sud-Est et de l’Afrique. »

Greenpeace France, tout en se félicitant que les députés aient « réussi à défendre la nécessité absolue de protéger les forêts tropicales », a dénoncé le soutien du gouvernement à l’amendement controversé, « un non-sens » et « un aveu de l’influence de Total sur le plus haut niveau de l’Etat ».

Selon l’ONG, il « prouve que les discours sur l’urgence climatique ne sont, aux yeux du gouvernement, qu’un exercice rhétorique destiné à redorer son image ».

AFP
Le gouvernement veut un groupe de travail sur l’huile de palme avec Total

Le gouvernement veut ouvrir « un groupe de travail » pour voir avec Total s’il est possible de se fournir en huile de palme sans impact sur la forêt, a dit lundi la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon. « Le sujet, c’est “pas de déforestation à l’autre bout du monde” », a-t-elle déclaré sur CNews, après l’imbroglio à l’Assemblée nationale autour de l’avantage fiscal accordé à l’huile de palme.

La viabilité de la raffinerie de La Mède remise en cause

Le groupe Total en particulier est vent debout contre cette exclusion, qui remet, selon lui, en cause la viabilité de sa raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône), ouverte en juillet. « Ce que dit l’entreprise est qu’elle veut un délai pour adapter ses pratiques. Je crois qu’il faut qu’on regarde avec elle si c’est possible d’acheter de l’huile de palme qui ne déforeste pas », a déclaré Emmanuelle Wargon lundi.

« Il y a des certifications sur ces produits comme sur d’autres, données par des ONG, par des organisations internationales. On a donc dit qu’on allait ouvrir un groupe de travail avec l’entreprise pour voir si c’est possible, mais en tout cas pour moi le signal est clair : “pas de signal à la déforestation” », a-t-elle ajouté. Mais les ONG dénoncent l’inefficacité des labels de certification et jugent que les entreprises ne peuvent pas contrôler la déforestation indirecte.

Imprimer Envoyer par mail Commenter
Commenter cet article 1 commentaires
Jacques Antoli

Sortir l’huile de palme de nos moteurs c’est bien mais la chasser de nos estomacs serait mieux. Remplacer son utilisation alimentaire par de l’huile de colza ou de tournesol permettrait une meilleure valorisation des graines pour les agriculteurs alors que l’esterification n’est pas une activité rentable.

Signaler le commentaire :

Signaler un abus
En direct
Afficher toutes les actualités

Dans la même rubrique

Nos dernières vidéos

Sélectionné pour vous

INDEX ACTA BIOCONTRÔLE 2019

36€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Les polluants dans le sol

49€

Disponible

AJOUTER AU PANIER

Le coût des fournitures en Viticulture et oenologie 2019

25,32€

En réassort

AJOUTER AU PANIER