À la suite de cette décision prise le 30 octobre 2019, plusieurs dirigeants d’entreprises de la filière dans la région de New York ont indiqué leur intention de contester en justice cette loi, qui doit encore être ratifiée par le maire de New York, Bill de Blasio. L’issue du vote faisait peu de doute : une majorité d’élus avaient affiché leur soutien à ce texte, présenté au début de l’année par plusieurs conseillers municipaux.

Pas d’inquiétudes en France

Cette interdiction agace dans le sud-ouest de la France, mais la mesure n’aura aucun impact économique sur la filière du foie gras en France, assuraient le 31 octobre les professionnels du secteur. « C’est un symbole de la gastronomie française qui est visé, mais rien ne vaut d’interdire un produit pour doper ses ventes », avertit Marie-Pierre Pé, directrice du Comité interprofessionnel du foie gras (Cifog).

« Au pays de la statue de la Liberté et du libéralisme, je suis stupéfaite qu’on puisse interdire la consommation d’un produit sain, loyal et marchand, poursuit-elle. Le foie gras respecte la législation européenne. Pour nous, il n’y aura aucune incidence économique car nous n’avons aucune entreprise française qui exporte, car il faut des agréments sanitaires particuliers pour les États-Unis. »

Même écho du côté de Philippe Baron, président de l’association gersoise pour la promotion du foie gras. Les ventes de foie gras aux États-Unis « ne représentent rien d’un point de vue économique. Ce n’est pas un pays qui culturellement a adopté ce produit. Symboliquement, c’est dommage », regrette-t-il, soulignant que 80 % du foie gras de canard consommé dans le monde est produit en France.

Une amende renouvelable de 500 à 2 000 dollars

À compter de la fin de 2022, soit dans trois ans, il sera interdit de vendre du foie gras, d’en servir ou même d’en détenir. Les contrevenants s’exposeront à une amende comprise entre 500 et 2 000 dollars, susceptible d’être renouvelée toutes les 24 heures. New York rejoindra ainsi l’État de Californie, où la commercialisation est interdite depuis janvier, même si la bataille judiciaire continue autour de cette décision.

La production de foie gras est interdite dans plusieurs pays, notamment le Danemark, le Royaume-Uni ou l’Australie. « C’est une journée historique pour les droits des animaux à New York », a commenté, après le vote, Matthew Dominguez, conseiller politique de l’association « Voters for Animal Rights » (« Les électeurs pour les droits des animaux »), qui a joué un rôle majeur dans ce dossier.

Le gavage en ligne de mire

Le texte adopté mercredi précise que l’interdiction concerne les produits issus du gavage des animaux, pratique dénoncée par les élus ainsi que par plusieurs associations de protection des animaux. Pour Matthew Dominguez, le gavage est une « atrocité ». L’association de défense des animaux Animal Welfare Institute a salué, dans un tweet, la fin de la commercialisation à New York de « cette nourriture de luxe inhumaine ».

Il existe aujourd’hui une offre de foie gras obtenu sans gavage, mais ses volumes sont insignifiants à l’échelle de l’industrie. Une start-up française, Aviwell, travaille par ailleurs à un procédé alternatif qui pourrait être utilisé par l’industrie. Outre amateurs, détaillants et restaurateurs, les premiers touchés par la mesure seront les deux gros producteurs installés au nord de New York, Hudson Valley Foie Gras et La Belle farm.

Deux exploitants américains touchés

Le foie gras de ces deux exploitations alimente une part importante du marché new-yorkais. Aux opposants, qui assurent que les animaux souffrent du gavage, Hudson Valley Foie Gras répond que la quantité de grains administrée aux canards ne dépasse pas celle qu’ils pourraient manger d’eux-mêmes, soulignant que le gésier a naturellement une fonction de stockage.

« On va se battre, a réagi Ariane Daguin, fondatrice de D’Artagnan, qui alimente en foie gras une bonne partie du marché new-yorkais. « On va faire un procès. [La nouvelle loi] n’est pas constitutionnelle du tout. Ce n’est pas à un conseil municipal de décider ce qui est cruel ou pas pour les animaux. » L’entrée en vigueur de la mesure « serait dramatique » pour D’Artagnan, car foie gras et morceaux de canard gras pèsent environ 10 % de son chiffre d’affaires.

Les activistes à la manœuvre

Pour Izzy Yanay, co-fondateur d’Hudson Valley foie Gras, les activistes s’en sont pris à sa filière parce qu’elle est modeste par rapport aux géants de l’élevage et de l’agroalimentaire.

« Cela fait 40 ans qu’ils attendent cette victoire. C’est très facile de nous attaquer », répond le chef d’entreprise, qui annonce une « tragédie » pour une partie de ses 400 employés si la mesure entrait en application.

Les défenseurs des droits des animaux « ont fait une brèche dans le mur de verre. Maintenant, ils ont leur précédent », qui va leur permettre, selon lui, de s’attaquer à d’autres industries. « Tout élevage et production est inhumain. Pourquoi prendre un petit comme ça ? » a réagi Hugue Dufour, chef du restaurant M. Wells Steakhouse dans le Queens, qui sert du foie gras. « Ceux qui s’en tirent, c’est encore le fast-food, les grandes chaînes », a-t-il ajouté.

AFP