Le principe de ces discussions a été validé hier, le 11 avril 2019, par les ambassadeurs des États membres auprès de l’Union européenne, mais le mandat de négociation doit encore être officiellement accordé lundi par les ministres européens de l’Agriculture à la Commission européenne, qui représentera les 28 face à Washington.

La France à contre-courant

L’Elysée a immédiatement prévenu que la France se prononcerait contre l’ouverture de ces négociations. « La France sera possiblement la seule à voter contre », a ajouté l’Élysée. Mais cette opposition sera sans effet car les décisions en matière commerciale se prennent dans l’Union européenne à la majorité qualifiée. La voix française n’est donc pas indispensable.

Paris, qui bloquait l’ouverture de ces négociations, était sous la pression des 27 autres États membres, et en particulier de l’Allemagne. Ces discussions commerciales ont pour objectif de mettre fin aux tensions avec le président américain, qui menace de taxer les automobiles européennes, un secteur vital pour Berlin.

Un accord limité

Le futur accord entre l’Union européenne et les États-Unis doit être limité aux biens industriels, c’est-à-dire qu’il n’inclura pas, en tout cas aux yeux des Européens, l’agriculture, les services ou les marchés publics. Les Américains ont cependant répété qu’ils comptaient intégrer l’agriculture dans les discussions, un désaccord que les deux parties devront régler.

L’idée d’un tel accord fait suite à une visite en juillet 2018 du président de la Commission européenne à Washington, après l’imposition par Donald Trump de droits de douane sur l’acier et l’aluminium européen et de premières menaces sur les voitures. Le président américain a ensuite renouvelé ses menaces sur les automobiles si ces négociations n’avançaient pas.

Donald Trump twitte

L’Union européenne est « un partenaire commercial brutal avec les États-Unis, ce qui va changer », a encore twitté mercredi le président américain. Selon Bruxelles, si les négociations aboutissent, les échanges ne progresseraient d’ici à 2033 que de 53 milliards d’euros. Une goutte d’eau dans le commerce entre l’Union européenne et les États-Unis.

La France craint avec ces discussions de raviver le spectre du très impopulaire TTIP, l’accord commercial beaucoup plus large négocié entre Bruxelles et Washington avant d’être suspendu en 2016. À sa demande, le nouveau mandat mentionne cependant que l’ancien mandat du TTIP est désormais « obsolète et plus pertinent ».

L’Accord de Paris dans la balance

L’autre problème de Paris est sur le plan environnemental, dans la mesure où les États-Unis ont quitté l’accord de Paris sur le climat en 2017. « Nous ne sommes pas au niveau des exigences environnementales », insiste la présidence française. Or, « l’un des grands engagements européens du président est de mettre le climat au centre de son action », ajoute-t-elle.

Sous la pression notamment de la France, une étude d’impact environnemental doit être utilisée lors des négociations pour s’assurer que l’accord avec Washington respectera l’accord de Paris.

« Il faudra poursuivre ce combat (contre cet accord, NDLR), notamment au Parlement européen, sans lequel aucun accord commercial ne peut être approuvé à l’issue des négociations.

C’est un enjeu majeur des prochains mois et du choix des élections européennes », a insisté l’Élysée. Le numéro deux de la liste du parti présidentiel LREM pour les Européennes, Pascal Canfin, a salué « une décision politique forte ». « C’est la première fois qu’un chef d’État s’oppose à l’ouverture d’une négociation commerciale au nom du climat », a-t-il relevé.

L’ONG Friends of the Earth Europe a pour sa part qualifié l’ouverture de ces nouvelles négociations de « gifle pour les centaines de milliers de jeunes et d’adultes qui protestent chaque semaine pour l’action climatique en Europe ».

Signe d’un regain des tensions commerciales, Donald Trump a, sur un autre front, menacé l’Union européenne de nouveaux droits de douane si elle ne mettait pas fin aux subventions à Airbus. Bruxelles a prévenu qu’elle riposterait.

AFP