Pékin n’a visiblement pas apprécié les dernières menaces de Donald Trump, le président américain, d’imposer des droits de douane supplémentaires à la quasi-totalité des importations chinoises à compter du 1er septembre 2019. En guise de représailles, le gouvernement chinois a demandé à ses entreprises publiques de cesser l’achat de produits agricoles américains.

Les agriculteurs dans le viseur

Dans sa riposte à Washington, la Chine viserait les agriculteurs américains, très dépendants de son marché et qui constituent une importante base électorale pour Donald Trump à l’approche de la présidentielle de 2020. Dans la nuit de dimanche à lundi, l’agence officielle Chine nouvelle a confirmé que les entreprises chinoises avaient cessé d’acheter des produits agricoles en provenance des États-Unis.

Les États-Unis reprochent à la Chine d’être largement responsable de leur déficit commercial. Ils réclament à Pékin des réformes structurelles pour interdire par exemple les subventions aux entreprises publiques, les transferts de technologie imposés aux entreprises étrangères. Ils exigent aussi l’achat de davantage de produits américains, notamment agricoles.

Les tensions entre Washington et Pékin sont encore montées d’un cran lundi, éloignant la perspective d’un accord rapide. La Chine, qui contrôle étroitement le cours de sa monnaie, l’a laissée chuter face au dollar. Une douzaine d’heures plus tard, les États-Unis ont officiellement accusé Pékin de manipuler sa monnaie pour s’arroger un avantage indu en rendant ses produits moins chers à l’exportation.

La monnaie chinoise au plus bas depuis 2011

Le yuan a franchi dans la journée le seuil symbolique des 7 yuans pour un dollar, le niveau le plus bas depuis 11 ans. La nouvelle, vue comme une escalade dans la guerre commerciale, a provoqué une chute généralisée sur les places financières en Asie, en Europe et aux États-Unis. Toutefois, les mouvements du yuan laissent à penser que la Banque centrale chinoise serait intervenue pour calmer les marchés.

Washington a contre-attaqué. Son secrétaire américain au Trésor a estimé que la Chine avait manipulé sa devise, peut-on lire dans un communiqué. « Résultant de cette détermination [que la Chine manipule sa devise], le secrétaire Mnuchin va discuter avec le Fonds monétaire international pour éliminer l’avantage compétitif créé par les récentes décisions chinoises », poursuit le texte.

Pékin s’efforçait jusqu’ici de soutenir sa monnaie « pour ne pas compromettre » les pourparlers commerciaux avec les États-Unis, relève Julian Evans-Pritchard, du cabinet Capital Economics. Laisser filer la devise sous les 7 yuans montre que les autorités chinoises « ont pratiquement abandonné tout espoir d’un accord commercial » avec Washington, estime-t-il.

Avec l’AFP